Pourquoi je n’aime pas l’expression « On s’est mal compris »

Il y a des expressions qui passent inaperçues pour la plupart des gens. On les entend tellement souvent qu’elles finissent par faire partie du langage courant. Pourtant, il y en a une qui, à chaque fois, me fait tiquer : « On s’est mal compris. » Plus je l’entends, plus je me demande si cette phrase est réellement adaptée à toutes les situations ou si elle n’est pas devenue un moyen un peu trop pratique d’éviter d’assumer sa propre part.

Avant que l’on me réponde que la communication se fait à deux, je suis la première à être d’accord. Une conversation implique forcément un émetteur et un récepteur. Celui qui parle peut manquer de clarté, celui qui écoute peut interpréter autrement, chacun arrive avec son histoire, son vocabulaire, sa façon de comprendre les choses. Mais ce n’est pas parce que la communication est un échange entre deux personnes que toutes les incompréhensions sont automatiquement partagées.

Quand le « on » devient un réflexe

Ce qui me dérange, c’est cette facilité avec laquelle on utilise le mot « on ». Comme si, dès qu’un malentendu apparaissait, il fallait forcément répartir la responsabilité à parts égales. Pourtant, il existe des situations où une personne a expliqué les choses de manière claire, a pris le temps de répondre aux questions, a même demandé si tout était compris, et a obtenu un « oui » en retour. Quelques jours plus tard, on découvre que ce n’était finalement pas compris. Et là arrive la fameuse phrase : « On s’est mal compris. »

Mais pourquoi « on » ? Pourquoi inclure automatiquement la personne qui, de son côté, pensait avoir été suffisamment claire et qui avait même pris la précaution de vérifier que le message était bien passé ?

J’assume plus facilement un « je » qu’un « on »

Quand cela m’arrive, je ne ressens pas le besoin de partager la responsabilité avec la personne en face. Si je réalise que j’ai mal interprété une explication, je dis simplement : « Je n’avais pas compris. » Ou encore : « J’avais compris autre chose. ». Cette différence peut sembler minime, mais je la trouve importante. Elle ne cherche pas un coupable. Elle ne met personne en accusation. Elle reconnaît simplement un fait : c’est moi qui me suis trompée dans ma compréhension de la situation. À mes yeux, c’est aussi une manière de respecter l’autre. Je ne vais pas lui attribuer une part de responsabilité uniquement parce que cela rend la situation plus confortable pour moi.

Toutes les incompréhensions ne se ressemblent pas

Évidemment, il existe de vrais malentendus. Il arrive qu’une phrase soit ambiguë, qu’une information manque ou que chacun comprenne quelque chose de différent alors que personne n’avait de mauvaise intention. Dans ces cas-là, oui, on peut réellement dire que l’on s’est mal compris. Mais ce n’est pas toujours le cas. Il arrive aussi que quelqu’un écoute distraitement, lise trop vite un message, pense avoir compris sans poser de questions ou réponde un peu rapidement « c’est bon » alors que ce n’était finalement pas si clair pour lui. Dans cette situation, je trouve plus juste de reconnaître son incompréhension plutôt que de la transformer en responsabilité commune.

Les mots ne sont jamais complètement anodins

J’entends souvent dire que ce n’est qu’une expression. Peut-être. Mais je crois que les mots traduisent aussi notre façon d’assumer les choses. Le « je » oblige à reconnaître sa propre part. Le « on », lui, dilue les responsabilités. Et parfois, cette nuance change complètement la manière dont l’autre reçoit le message. Dire « Je n’avais pas compris » n’est pas humiliant. Cela ne remet pas en cause son intelligence. Cela ne signifie pas non plus que l’autre personne s’est parfaitement exprimée. Cela veut simplement dire que, dans cette situation précise, on reconnaît sa propre erreur de compréhension sans entraîner automatiquement quelqu’un d’autre avec soi.

Et si on choisissait des mots plus justes ?

Au fond, ce qui me dérange n’est pas l’expression en elle-même. C’est son utilisation presque systématique, comme un réflexe. À force de vouloir tout partager, on finit parfois par attribuer une responsabilité à quelqu’un qui n’en avait peut-être aucune. Je préfère largement entendre quelqu’un me dire : « Je pensais avoir compris, mais ce n’était pas le cas. » Cette phrase me paraît plus honnête, plus précise et, paradoxalement, elle ouvre souvent un échange beaucoup plus serein. Oui, la communication se construit à deux. Personne ne le conteste. Mais toutes les incompréhensions ne sont pas forcément collectives. Et parfois, le mot le plus juste n’est pas « on ». C’est tout simplement « je ».

Xoxo 💋


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