Ne mets jamais ta bouche dans les affaires des gens qui se sont déjà vus nus

Je pense que la plupart d’entre nous ont déjà entendu cette phrase. Elle revient régulièrement lorsqu’un couple se sépare, que l’un des deux raconte sa version des faits à son entourage et qu’ils finissent, quelques semaines ou quelques mois plus tard, par se remettre ensemble. À ce moment-là, certains n’hésitent pas à dire : « Je ne donnerai plus jamais mon avis. » D’autres vont encore plus loin : « Qu’elle ne vienne plus se plaindre. » Ou encore : « Je vous avais dit de ne pas vous mêler de leurs histoires. » Comme si le simple fait que deux personnes décident de se redonner une chance suffisait à prouver que tous ceux qui les avaient écoutées ou conseillées avaient eu tort. Personnellement, je ne partage pas cette vision des choses, non pas parce que je pense qu’il faut absolument intervenir dans toutes les histoires de couple, mais parce que je trouve cette phrase beaucoup trop générale. Elle met dans le même panier les simples disputes du quotidien, les incompatibilités passagères et des situations bien plus graves. Or, toutes les séparations ne se ressemblent pas.

Un conseil n’a pas besoin d’être suivi pour être utile

Lorsqu’une personne vient se confier à nous, elle ne nous demande pas de prendre les commandes de sa vie. Elle nous fait confiance pour écouter son histoire, lui apporter un regard extérieur ou simplement l’aider à prendre du recul. Donner un conseil n’a jamais voulu dire imposer une décision. C’est d’ailleurs ce qui me dérange dans cette fameuse phrase. Elle laisse entendre que si la personne retourne avec son partenaire, alors notre avis n’avait aucune valeur. Pourtant, ce n’est pas parce qu’un conseil n’est pas suivi qu’il était mauvais. Chacun avance à son rythme, avec ses émotions, ses peurs, ses espoirs et ses contradictions. À mes yeux, accompagner quelqu’un, ce n’est pas chercher à avoir raison. C’est accepter que la personne reste libre de ses choix, même lorsqu’ils sont différents de ceux que nous aurions faits à sa place.

Toutes les séparations ne racontent pas la même histoire

J’ai aussi du mal avec cette idée parce qu’elle donne l’impression que toutes les réconciliations sont forcément une erreur. Je ne le pense pas. Il existe des couples qui se séparent parce qu’ils traversent une période compliquée, parce que leurs projets de vie ne sont plus alignés à un moment donné ou parce qu’ils ne savent plus communiquer. Parfois, chacun fait un bout de chemin de son côté, grandit, évolue et les retrouvailles ont du sens. Ce n’est ni un échec, ni une faiblesse. C’est simplement leur histoire. La vraie question n’est donc pas de savoir s’il est bien ou mal de se remettre ensemble. La question est de comprendre pourquoi le couple s’était séparé et ce qui a réellement changé depuis. Une nouvelle chance peut être une belle décision lorsqu’elle repose sur une évolution sincère. En revanche, revenir exactement dans la même situation en espérant un résultat différent est une autre histoire.

Arrêter de conseiller, est-ce vraiment la bonne solution ?

Ce qui me dérange le plus, c’est la réaction de certaines personnes après une réconciliation. On entend souvent : « Qu’elle ne revienne plus me raconter ses problèmes. » Ou encore : « Cette fois, je ne dirai plus rien. ». Je comprends la fatigue que certaines situations peuvent provoquer. À force de voir quelqu’un souffrir puis retourner dans la même relation, on peut avoir le sentiment que nos paroles ne servent à rien. Mais, pour ma part, je ne me reconnais pas dans cette façon de faire.

Si ma petite sœur, une amie, un membre de ma famille ou même une simple connaissance venait me parler d’une relation qui la fait souffrir, je ne pourrais pas lui fermer la porte sous prétexte qu’elle n’a pas suivi mes conseils la fois précédente. Au contraire, je continuerais à être présente. Peut-être que je donnerais moins mon opinion et que je poserais davantage de questions. Est-ce que tu te sens respectée ? Est-ce que tu te sens en sécurité ? Est-ce que cette relation correspond vraiment à ce que tu attends d’un couple ? Mon rôle n’est pas de décider à sa place, mais de l’aider à réfléchir. Si, malgré tout, cette personne décide d’y retourner une fois, cinq fois ou dix fois, ce sera son choix. Cela ne changera rien au fait que j’aurai essayé de l’accompagner avec bienveillance. Pour moi, c’est très différent de l’abandonner.

Les violences conjugales changent complètement le débat

C’est précisément pour cette raison que je trouve cette phrase dangereuse lorsqu’elle est appliquée à toutes les situations. Peut-on réellement rester silencieux lorsqu’une personne nous confie subir des violences psychologiques, physiques, sexuelles ou financières, sous prétexte qu’elle risque de retourner avec son conjoint ? Personnellement, je ne peux pas. Se taire me donnerait l’impression de détourner le regard. Je ne dis pas qu’il faut décider à la place de la victime, ni lui imposer un choix. En revanche, je pense qu’il est essentiel de l’écouter, de lui rappeler qu’aucune violence n’est normale et de l’aider à mettre des mots sur ce qu’elle vit. Les personnes victimes de violences ne quittent pas toujours leur partenaire du premier coup. C’est une réalité. Certaines reviennent plusieurs fois avant de réussir à partir définitivement. Est-ce que cela signifie que tous ceux qui les ont soutenues auparavant ont perdu leur temps ? Je ne le crois pas. Chaque conversation, chaque main tendue, chaque personne qui refuse de banaliser la situation peut participer, un jour, au déclic.

Une réflexion très personnelle : Ce que je sais de moi

Je termine avec une réflexion très personnelle. Je ne sais pas si une personne violente peut changer. Certains répondront oui, d’autres non. Ce débat existe et chacun se fera son opinion. En revanche, je sais une chose sur moi. Le jour où un homme lèverait la main sur moi ou chercherait à m’intimider par la peur, quelque chose se briserait définitivement. Je suis quelqu’un qui a besoin de se sentir en sécurité auprès de la personne qu’elle aime. L’amour, pour moi, ne peut pas cohabiter avec la peur. À partir du moment où j’aurais peur de mon partenaire, je ne pourrais plus le voir comme mon allié. Je ne pourrais plus rire avec la même légèreté, me sentir libre dans ses bras ou construire une relation sereine. C’est probablement la seule certitude que j’ai sur le sujet. Si cela m’arrivait un jour, je crois que ce serait un point de non-retour.

Finalement, ce n’est pas le fait que deux personnes se remettent ensemble qui me dérange. Chacun est libre d’écrire son histoire comme il l’entend. En revanche, je refuse l’idée que leur réconciliation devrait nous empêcher d’écouter, de soutenir ou de conseiller quelqu’un lorsqu’il souffre. Être présent pour une personne n’a jamais été une erreur. Même lorsqu’elle choisit, finalement, un autre chemin que celui que nous lui avions conseillé.

Au fond, je nous souhaite surtout de construire des relations dans lesquelles nous nous sentons en sécurité, respectés et libres d’être nous-mêmes. Des relations où les désaccords ne deviennent jamais de la violence, où les séparations ne sont pas des guerres et où les réconciliations sont le fruit d’un véritable changement, pas de la peur ou de la solitude. Et si un jour la vie nous oblige à prendre une décision difficile, je nous souhaite de trouver la force de choisir ce qui est réellement bon pour nous. Pas sous le poids de la culpabilité, de la pression ou du regard des autres, mais en regardant notre réalité avec lucidité. Parce qu’au fond, personne ne vit notre histoire à notre place. Et c’est peut-être la seule certitude que nous partageons tous.

Xoxo 💋


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