Le Congo, la France et moi : où est mon chez-moi ?

Avec les débats que l’on entend régulièrement en France sur l’immigration, l’identité, la nationalité ou encore la place des personnes d’origine étrangère, je remarque que la question de l’appartenance revient assez souvent dans les discussions. Certains s’interrogent sur leur avenir en France, d’autres envisagent de retourner vivre dans leur pays d’origine ou de s’installer ailleurs. Et puis il y a cette fameuse question que l’on pose parfois aux personnes qui ont des attaches dans plusieurs pays : « Mais finalement, tu te sens chez toi où ? »

De mon côté, je dois vous avouer que je ne me suis jamais vraiment posé cette question de manière aussi compliquée. Je suis originaire de la République du Congo, j’y ai grandi, j’y ai des souvenirs, une histoire et une partie de ma famille. Le Congo est chez moi, cela ne fait aucun doute. Mais la France aussi est chez moi. J’y vis, j’y ai construit une grande partie de mon parcours, mes enfants y grandissent et je m’y sens bien. Pour moi, ces deux réalités ne sont absolument pas incompatibles, et je n’ai jamais ressenti le besoin de choisir l’une au détriment de l’autre.

Alors aujourd’hui, j’avais envie de partager cette réflexion avec vous, parce qu’on parle souvent de l’identité comme s’il fallait nécessairement appartenir à un seul endroit, avoir un seul pays de cœur ou être constamment tiraillé entre deux cultures. Pourtant, je crois qu’on peut être profondément attaché à ses origines, se sentir parfaitement à sa place dans son pays de résidence et ne pas vivre cela comme un conflit intérieur.

Le Congo, ce n’est pas seulement mon pays d’origine

Quand je parle du Congo, je ne parle pas simplement d’un pays inscrit sur un acte de naissance ou d’une destination que je connais parce que mes parents en sont originaires. Je parle d’un pays dans lequel j’ai grandi, où j’ai vécu une partie de mon histoire et où se trouvent encore des personnes qui comptent pour moi. Ce sont mes racines, mes souvenirs, mon enfance et tout ce qui a participé à construire la personne que je suis aujourd’hui. Ce n’est pas quelque chose qui disparaît parce qu’on vit ailleurs depuis plusieurs années.

Il y a évidemment une dimension familiale très importante dans cet attachement. Une partie de ma famille est toujours au Congo, et y retourner, c’est aussi retrouver des personnes, des habitudes, des lieux et une histoire que je connais. C’est un pays auquel je suis liée autrement que par le tourisme. Lorsque j’y voyage, je ne le découvre pas comme je découvrirais une destination totalement inconnue. Je retrouve un endroit qui fait partie de moi, même si, comme partout, les choses évoluent, les villes changent et la vie continue pendant notre absence.

D’ailleurs, je trouve qu’on oublie parfois qu’avoir quitté son pays d’origine ne signifie pas avoir rompu avec lui. On peut vivre à plusieurs milliers de kilomètres, construire son quotidien ailleurs et continuer à se sentir pleinement concerné par ce qui se passe dans le pays où l’on a grandi. On peut conserver des liens familiaux, des souvenirs, des habitudes ou simplement cet attachement particulier qui ne se résume pas à une adresse. Le Congo reste chez moi, que j’y passe deux semaines, plusieurs mois ou que je n’y sois pas retournée depuis un certain temps. Je n’ai pas besoin d’y résider à l’année pour que cette appartenance existe.

Et la France aussi est chez moi, tout simplement !

Je suis arrivée en France à 17 ans. Aujourd’hui, j’en ai 42. Faites le calcul : cela fait 25 ans que je vis ici ! J’ai donc passé davantage d’années en France qu’au Congo. Et quand on y réfléchit, ce n’est quand même pas rien. Une grande partie de ma vie d’adulte s’est construite ici, avec les études, le travail, les rencontres, la maternité, les projets et toutes ces expériences qui finissent par faire d’un endroit notre quotidien.

Alors forcément, la France, ce n’est pas simplement un pays dans lequel je réside. C’est aussi chez moi. J’y ai mes habitudes, mes repères, mes enfants y grandissent et j’y envisage mon avenir. Je ne me considère pas comme une personne de passage qui attendrait simplement le bon moment pour retourner vivre ailleurs. Et même si le Congo conserve une place particulière dans mon cœur et dans mon histoire, cela n’enlève absolument rien à mon attachement à la France. Après tout, pourquoi faudrait-il choisir entre le pays où l’on a grandi et celui où l’on a passé la majeure partie de sa vie ?

Je sais que les débats actuels sur l’immigration, les origines ou l’identité peuvent amener certaines personnes à s’interroger sur leur avenir. Je comprends aussi que certains discours, certaines expériences ou des situations de discrimination puissent conduire à se demander si l’on a encore envie de construire sa vie dans un pays. Et je pense qu’il faut être capable d’entendre ces ressentis, même lorsqu’on ne les partage pas.

D’ailleurs, je me dis parfois que ma façon de voir les choses est aussi liée à mon propre parcours et aux expériences que j’ai vécues jusqu’à présent. Peut-être que je parlerais différemment si j’avais traversé une situation qui m’avait profondément donné le sentiment de ne plus être à ma place ici. Je ne peux pas le savoir, et je ne vais pas prétendre comprendre exactement ce que vivent les personnes confrontées à des expériences que je n’ai pas nécessairement connues de la même manière. Ce que je peux dire, c’est qu’à ce jour, mon vécu ne m’a pas amenée à remettre en question mon envie de vivre en France. Cela ne signifie pas que je nie les difficultés rencontrées par d’autres, ni que je considère leurs décisions de partir comme exagérées.

Simplement, personnellement, je n’ai jamais été dans cette démarche consistant à annoncer que j’allais quitter la France chaque fois qu’une actualité ou une décision me déplaît. Et je ne vais pas commencer à faire du cinéma en répétant « Je vais partir, je vais partir ! » alors que je n’ai aucun projet de départ. On entend parfois des personnes annoncer régulièrement qu’elles vont quitter un pays, sans que cela se concrétise forcément. Peut-être qu’elles finiront par le faire, peut-être pas, mais moi, ce n’est pas ma façon de fonctionner. Si un jour je décide de m’installer ailleurs, ce sera parce que j’aurai un véritable projet de vie, pas pour accompagner une déclaration faite sous le coup de l’actualité.

Je trouve également qu’on peut porter un regard critique sur le pays dans lequel on vit sans envisager immédiatement de le quitter. On peut ne pas être d’accord avec certaines décisions, s’inquiéter de certaines évolutions ou dénoncer des situations qui nous semblent injustes tout en restant attaché à son quotidien. Aimer un pays ne signifie certainement pas tout approuver. Et à l’inverse, décider de partir ne signifie pas forcément ne plus l’aimer. Chacun fait ses choix selon son vécu, ses aspirations et ses possibilités.

Et puis, je trouve que l’appartenance à un pays ne devrait pas être réduite à une question de papiers, de lieu de naissance ou de nombre d’années passées quelque part. La nationalité a bien sûr une réalité administrative et juridique, mais le sentiment d’être chez soi est aussi fait d’expériences, de liens, de souvenirs et de tout ce que l’on construit au quotidien. On peut aimer un pays sans y être né, rester profondément attaché à son pays de naissance sans y vivre et se reconnaître dans plusieurs histoires à la fois. Le fait que je considère la France comme chez moi ne rend pas le Congo moins important, pas plus que mon attachement au Congo ne remet en question ma place en France.

Voyager partout, mais ne pas forcément vouloir vivre ailleurs

Vous le savez si vous suivez Plusfunlavie depuis quelque temps : j’aime voyager ! Découvrir de nouvelles destinations, organiser des séjours, visiter des villes, explorer des régions et voir comment les gens vivent ailleurs fait partie de mes grands plaisirs. Mais il y a une différence entre aimer découvrir un endroit et avoir envie de s’y installer. Et cette distinction, je l’ai toujours faite assez naturellement.

Je vois régulièrement des personnes revenir d’un voyage en disant qu’elles pourraient complètement imaginer leur vie dans le pays qu’elles viennent de visiter. Et tant mieux pour elles ! Moi, ce n’est pas vraiment mon fonctionnement. Il m’arrive de trouver un endroit magnifique, d’apprécier son ambiance, son climat ou son mode de vie, mais cela ne veut pas dire que je me projette immédiatement dans une installation définitive. Porto, par exemple, fait partie des endroits où j’ai pu me laisser imaginer une autre vie, mais cela reste une projection assez légère, pas un projet de déménagement. J’aime découvrir ce que les destinations ont à offrir, sans forcément me demander à chaque voyage si je pourrais y inscrire mes enfants à l’école et y installer mes meubles.

Je crois que mon rapport à Paris illustre assez bien cette façon de voir les choses. J’ai toujours aimé vivre en province. J’ai passé une période de ma vie en région parisienne et, franchement, ce n’est pas celle que j’ai particulièrement appréciée dans mon parcours en France. Cela ne m’empêche absolument pas d’aimer aller à Paris, de profiter de ce que la capitale propose ou d’y passer du temps lorsque l’occasion se présente. Simplement, entre apprécier une ville pour quelques jours et avoir envie d’y vivre toute l’année, il y a une différence. Je peux trouver Paris intéressante sans vouloir y installer mon quotidien, et je peux aimer une destination étrangère sans envisager de m’y expatrier.

C’est un peu avec ce même état d’esprit que je considère mes voyages aujourd’hui, y compris lorsque je retourne au Congo. J’aime y aller, retrouver ma famille, profiter du séjour, passer du temps sur place et renouer avec mes racines. Mais dans ma vie actuelle, le Congo est aussi devenu un endroit où je pars en vacances avant de retrouver mon quotidien en France. Et je ne trouve pas cela contradictoire. Ce n’est pas parce que le Congo est chez moi que je dois obligatoirement vouloir y vivre maintenant, tout comme ce n’est pas parce que j’aime Paris que je dois avoir envie d’y retourner pour m’y installer. On peut avoir un attachement profond à un endroit sans souhaiter y organiser sa vie de tous les jours.

Deux pays dans mon histoire, mais pas deux vies entre lesquelles choisir

Je crois que c’est précisément là que se situe ma façon de voir les choses. Le Congo et la France occupent chacun une place importante dans mon parcours, mais je ne passe pas mon temps à les comparer pour déterminer lequel mérite davantage ma présence ou mon affection. Le Congo me rattache notamment à mon enfance, à mes origines et à une partie de ma famille. La France représente aussi vingt-cinq années de vie, des expériences, des rencontres, mes enfants et tous les projets qui composent mon quotidien.

Cela ne signifie pas que je considère la France uniquement comme le pays du présent et le Congo uniquement comme celui du passé. Mes liens avec le Congo sont toujours vivants et continuent d’évoluer. Mais je n’éprouve pas non plus ce besoin de me demander régulièrement où je serais supposée vivre pour être fidèle à mes origines. Je pense que l’on peut transmettre son histoire, parler de son pays, entretenir ses attaches et permettre à ses enfants de connaître leurs racines sans devoir nécessairement y résider. L’identité ne se résume pas au nombre de kilomètres qui nous séparent de notre lieu de naissance.

Je sais aussi que tout le monde ne vit pas ce rapport à plusieurs pays de la même manière. Certaines personnes éprouvent un véritable sentiment de déracinement, d’autres ont grandi entre plusieurs cultures sans se sentir totalement reconnues dans l’une ou l’autre, et d’autres encore rêvent depuis longtemps de retourner s’installer dans leur pays d’origine. Il n’y a pas une seule manière de vivre cette situation, et je ne prétends surtout pas que mon expérience devrait être celle de tout le monde. Simplement, de mon côté, je ne ressens pas ce tiraillement permanent que l’on associe parfois aux personnes ayant plusieurs attaches culturelles ou géographiques.

D’ailleurs, je trouve que nous avons parfois tendance à compliquer la question de l’identité en demandant aux gens de se définir de manière presque exclusive. Comme s’il fallait choisir entre être attaché à ses racines et aimer le pays dans lequel on vit. Comme si l’un devait forcément prendre le dessus sur l’autre. Pourtant, nos histoires personnelles ne fonctionnent pas toujours avec des frontières aussi nettes. Nous évoluons, nous voyageons, nous construisons des relations, nous prenons des habitudes et plusieurs endroits peuvent finir par compter pour nous. Avoir plusieurs chez-soi ne signifie pas forcément être perdu entre plusieurs pays. Cela peut simplement signifier que notre histoire ne tient pas dans une seule case.

Et pour la suite, je suis très bien là où je suis !

Alors, est-ce que je pourrais un jour retourner vivre au Congo ? Est-ce que je pourrais finalement changer de région, de pays ou avoir envie d’autre chose ? Je n’en sais rien, et je ne vais certainement pas prétendre connaître aujourd’hui toutes les décisions que je prendrai dans dix ou vingt ans. La vie réserve parfois des surprises, et je suis plutôt bien placée pour savoir qu’on peut faire des projets, puis voir les choses évoluer autrement que prévu !

Mais si vous me demandez où je me projette actuellement, ma réponse est assez simple : je suis bien en France, et je n’envisage pas de la quitter pour m’installer ailleurs. J’aime ma vie en province, mes habitudes, les possibilités que j’ai de voyager et cette liberté de pouvoir découvrir d’autres endroits sans avoir besoin d’y poser définitivement mes valises. Quant au Congo, je continuerai à y retourner avec plaisir, à y retrouver ma famille et à conserver ce lien qui fait partie de mon histoire.

Je n’ai pas besoin de choisir entre les deux pour me sentir à ma place. Le Congo est chez moi parce que j’y ai grandi et parce qu’il fait partie de ce que je suis. La France est chez moi parce que j’y ai construit ma vie, que j’y ai mes repères et que je m’y sens bien. Ce n’est pas une compétition entre deux pays, ni une question à laquelle je cherche encore désespérément une réponse. Pour moi, elle est déjà assez claire.

Et puis, entre nous, quand on aime autant voyager que moi, heureusement qu’il n’est pas nécessaire de déménager chaque fois qu’on tombe sous le charme d’une destination ! À ce rythme-là, je passerais probablement davantage de temps à faire des cartons qu’à défaire mes valises.

Finalement, si l’on me demande « Le Congo ou la France, où est ton chez-toi ? », je n’ai pas besoin de choisir : les deux sont chez moi, mais aujourd’hui, c’est en France que j’ai choisi de vivre mon quotidien. Et je trouve cela très bien comme ça.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Peut-on se sentir pleinement chez soi dans plusieurs pays ? Est-ce que vos origines, votre lieu de naissance et le pays dans lequel vous vivez occupent des places différentes dans votre cœur ? Et lorsque vous voyagez, vous arrive-t-il de vous imaginer vivre ailleurs, ou êtes-vous plutôt comme moi, heureuse de découvrir le monde tout en appréciant de retrouver votre chez-vous ?

Je serais curieuse de lire vos expériences, notamment celles de personnes qui ont grandi dans un pays et construit leur vie dans un autre. Parce qu’au fond, il existe certainement autant de façons de vivre son appartenance que de parcours de vie.

Xoxo 💋


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